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03 mars 2026
12 min

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Trouver un psy n’a jamais été aussi simple. Trouver le bon spécialiste, au bon moment, dans un cadre qui aide réellement, c’est une autre histoire. Longtemps, j’ai cru qu’il suffisait de prendre rendez-vous pour aller mieux. En réalité, il m’a fallu plusieurs années, cinq thérapeutes et beaucoup de doutes pour comprendre que comme beaucoup d’entre nous, j’étais en errance thérapeutique. Alors avec Plein Espoir, on s’est dit qu’il serait important de parler de cette période faite d’essais, d’impasses et de rendez-vous sans boussole.
Quand je commence à comprendre que j’ai besoin d’aide, je fais ce que beaucoup font aujourd’hui, j’ouvre Doctolib et prends le premier rendez-vous disponible avec un psy (avec une tête qui ne m'effraie pas trop si possible) sans idée précise du spécialiste dont j’ai besoin. Je sens surtout le besoin d’extérioriser, de parler avec quelqu’un. Alors, quand la première psychologue que j’ose consulter ne me propose que des séances en visio, je suis un peu troublé. Mais pourquoi pas ? Parfois cette distance numérique permet de dire ce qu’on tairait en présentiel. L’expérience est en demi-teinte, je ne vois qu’une moitié de visage sur l’écran de mon téléphone, une voix un peu lointaine. Moi qui tente de déposer quelque chose d’intime dans ce cadre encore flou et pixélisé, j’ai le sentiment d’une expérience à laquelle il manque de chaleur humaine.
J’ai longtemps cru que trouver le bon thérapeute ne relevait pas seulement de sa spécialité, mais aussi d’un feeling relationnel. Parfois ça matche, parfois c’est la catastrophe. Cette fois, en partie pour pouvoir être remboursé, je me tourne vers une nouvelle spécialiste : une psychiatre. Je me dis que son approche sera plus médicale, plus scientifique, plus rationnelle. Dès la première rencontre, le ton est donné. Dans la salle d’attente à 13h55 pour un rendez-vous prévu à 14h, elle débute l’entretien par une sentence : « Vous n’étiez pas là à 14h. » Je lui réponds que si, j’étais même en avance. « Non. Vous n’étiez pas là », répond-elle. Silence. Si elle ne validait même pas une heure d’arrivée, comment allait-elle accueillir mon ressenti ? Spoiler : mal. Entre les remarques culpabilisantes comme « vous vous faites des films » et les questions absurdes du style « vous dites avoir bu une pinte… c’est combien de litres ? », je comprends rapidement que quelque chose ne va pas. Résultat, j’arrête au bout de trois séances et me demande si mes problèmes sont légitimes.
J’aurais pu m’arrêter là. Mais l’anxiété revenue, je me relance dans les consultations. Cette fois-ci, c’est le grand classique : le psy silencieux qui me rappelle la réplique de Kyan Khojandi dans Bref : « Il n’a pas parlé, je n’ai pas parlé, et puis je me suis rappelé que la séance était à 72 euros. » Je lui confie mes phobies d’impulsion, mes pensées envahissantes, mes peurs les plus honteuses, pendant qu’il reste impassible, sans un mot. Très vite, je poursuis ma quête d’un autre thérapeute et j’arrête la thérapie, sans un mot à mon tour.
Cette fois, j’ai pris un peu plus de temps pour choisir. Une jeune psy qui me parait plus proche, méditerranéenne comme moi, un visage doux, une présence rassurante. Des critères que je me suis bien gardé de lui révéler lorsqu’elle m’a demandé en fin de première séance : « Pourquoi m’avez-vous choisie ? » Bien sûr, la question porte surtout sur sa spécialité d’addictologue. Mais la vérité ? j’ai simplement besoin de me sentir compris à ce stade. Et pendant quelques mois, c’est le cas. Les séances ressemblent parfois à des debrief entre amis. Je parle beaucoup, mais au fond, je sens que rien ne bouge vraiment. Les limites de ma thérapie ?
Alors j’arrête, comme bien souvent. Las et toujours pas convaincu du bien fondé de ma démarche. C’est au cours d’une consultation avec mon médecin traitant pour une grippe, que je lui parle pour la première fois de mon anxiété et de ces expériences mitigées que j’ai vécues avec différents psy. Bilan : trois ans, quatre professionnels différents, et l’impression de ne pas avoir trouvé ce qu’il me fallait. C’est alors qu’elle me parle des différentes approches chez les psy, analytique, humaniste (clairement pas le cas de ma psychiatre), comportementale… j’ai l’impression qu’on me présente enfin la carte du restaurant. Un monde que j’ignorais encore du haut de mes 33 ans.
En repartant du cabinet je suis mieux armé, mon docteur m’a également donné une béquille médicamenteuse : un anxiolytique et quelques noms de spécialistes. Grâce à elle, j’ai rencontré celle que j’ai appelée intérieurement « THE psy ». Dès les premières minutes, quelque chose est différent. Je me sens à l’aise, en confiance, compris sans avoir besoin de trop expliquer et son approche TCC (thérapie cognitivo-comportementale) est exactement ce dont j’ai besoin. Mais une question me traverse aujourd’hui : si je l’avais rencontrée en premier, est-ce que cela aurait fonctionné aussi bien ? Ou est-ce que toutes ces étapes bancales faisaient, malgré tout, partie du chemin ? Cela m’aurait sans doute soulagé plus tôt, car après tout, ça ne devrait pas être un chemin de croix pour trouver un bon thérapeuthe, adapté à ses besoins.
Passer de thérapeute en thérapeute et de diagnostic en diagnostic, sans trouver immédiatement une prise en charge réellement adaptée à ses besoins, c’est ça qu’on appelle l’errance thérapeutique.
On parle d’errance thérapeutique pour désigner cette période floue et éprouvante durant laquelle une personne cherche, souvent longtemps, une prise en charge adaptée à sa souffrance. Les rendez-vous s’enchaînent, les avis médicaux divergent, les traitements se succèdent sans résultats durables. Parfois, des mois, voire des années passent.
Ce temps d’incertitude n’est pas marginal, il concerne une grande partie des personnes vivant avec une maladie chronique, et donc, très largement, celles touchées par des troubles psychiques. Dans un système de santé sous tension, marqué par le manque de professionnels et l’inégalité d’accès aux soins, la difficulté à assurer des parcours de soins continus et efficaces est croissante et nous sommes nombreux à nous retrouver seuls face à notre souffrance. Des souffrances qu’on ignore car elles sont encore mal reçues en société. Un tabou, qui les gonflent, parfois jusqu’à ne plus pouvoir être contenues.
Le récit d'Arthur m'a également permis de comprendre que cette errance était assez commune dans les parcours de soin. 30 ans passés, lui aussi a longtemps dérivé avant de trouver le bon spécialiste. Il consulte d’abord pour des symptômes visibles : fatigue, yeux rouges, corps épuisé. Il pense à des problèmes physiques, sans lien avec son mal-être. Sans médecin traitant stable, il enchaîne les rendez-vous dans l’urgence. À cette période, la fête et les consommations de drogues font aussi office d’échappatoire. « Pour moi, c’était une fuite. Je n'arrivais pas à comprendre ce qu’il y avait en moi. » En consultation, il cherche des réponses rapides, mais se sent peu entendu sur le plan émotionnel. « On répondait aux problèmes physiques avec une ordonnance de médicaments, mais pas aux émotions. » Un jour, un médecin lui prescrit directement des anxiolytiques. Le soulagement est immédiat, puis dangereux. « Je me suis dit : ça y est, je suis guéri. En fait, j’étais défoncé et accro. » Les doses augmentent, jusqu’au déclic d’une soirée où il comprend qu’il se met en danger. Mais l’errance continue.
Arthur porte en lui la peur d'être fou, et l’idée que consulter, c’est ouvrir une boîte de Pandore. Alors il bifurque et s’essaye à des médecines alternatives. Il commence par les livres de développement personnel et y trouve des clefs de lecture. Ensuite, il teste différentes approches : sophrologie, exercices d’ancrage, visualisations. Il apprécie l’effet immédiat sur le corps, le retour au calme. Mais l’apaisement est ponctuel. « Ça faisait du bien sur le coup. Et une semaine après, je retombais dans mes vieux schémas. » Puis vient une période plus marquée par la spiritualité. Lors d’un séjour à l’étranger, il rencontre des personnes qui lui ressemblent davantage, notamment autour de la question de l’hypersensibilité. Il se sent moins seul. Il s’ouvre à la méditation, au yoga, participe même à des retraites en silence de dix jours, avec des heures quotidiennes de méditation. Cette immersion lui apporte quelque chose de réel, une capacité à observer ses pensées. Mais progressivement, il sent aussi une autre dérive possible, celle de se réfugier dans un entre-soi spirituel et s’éloigner du monde. Il l’admet, ces pratiques l’ont aidé, mais elles ne pouvaient pas, seules, articuler son équilibre psychique.
Le véritable tournant arrive lorsqu’il structure enfin son parcours de soins autour d’un médecin traitant, qui coordonne et oriente. « C’est devenu le pilier de mon parcours. Il me suit, il m’oriente, il y a un vrai cadre. » Aujourd’hui, Arthur est en thérapie TCC, plus concrète pour lui. Son histoire illustre un autre versant de ce qu’est l’errance thérapeutique en santé mentale, une succession de tentatives isolées, de réponses partielles et de découragement, jusqu’à trouver un cadre cohérent. « Si j’avais trouvé ça à 20 ans, ça m’aurait évité pas mal de désagréments. »
Quand on est en pleine errance thérapeutique en santé mentale, le plus difficile n’est pas seulement d’aller mal,c’est de savoir vers qui se tourner concrètement. Beaucoup de personnes abandonnent les démarches non par manque de volonté, mais par épuisement face au flou. Voici les principaux points d’appui utiles pour reprendre un parcours plus clair.
D’abord, lorsqu’on se sent perdu, des structures d’information peuvent aider à comprendre ce qui existe et à s’orienter sans jugement.
Sur le plan médical, le médecin traitant reste l’entrée la plus structurante du parcours. Même si ce n’est pas toujours simple d’en trouver un, c’est souvent lui qui peut coordonner les soins, orienter vers un psychologue ou un psychiatre, demander des avis spécialisés et assurer une continuité. Lorsqu’on est en errance, repasser par ce point central peut éviter de multiplier les consultations isolées.
Il existe aussi, partout en France, des centres médico-psychologiques (CMP). Ces structures publiques proposent des consultations en santé mentale gratuites ou prises en charge par l’Assurance maladie, avec des psychiatres, psychologues et infirmiers spécialisés. Les délais peuvent être longs, mais ils constituent un repère important, notamment pour les personnes sans suivi ou avec peu de moyens financiers.
En cas de détresse psychique aiguë, pensées suicidaires, crise d’angoisse intense, perte de contrôle, il est important de ne pas rester seul. Les urgences hospitalières, le SAMU (15) ou les lignes d’écoute nationales (comme le 31 14) peuvent intervenir rapidement et orienter vers une prise en charge adaptée. Ces moments de crise font souvent partie des parcours d’errance, mais ils peuvent aussi devenir des points de bascule vers un suivi plus structuré.
Enfin, un repère essentiel à retenir, il est normal d’avoir besoin de plusieurs essais avant de trouver le bon professionnel ou la bonne approche. L’errance devient problématique quand elle est subie dans le flou. Elle devient une étape du parcours de soins quand elle est accompagnée, expliquée et coordonnée.
Comme l’a compris Arthur avec le temps, l’objectif n’est pas seulement de consulter, mais d’être guidé. S’informer, demander de l’aide, changer de professionnel si nécessaire, et s’appuyer sur des structures ressources sont souvent les premières clés pour sortir de l’errance thérapeutique en santé mentale et reconstruire un chemin de soin plus stable.


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