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Tests psychologiques en ligne : Pourquoi on cherche autant à se comprendre ?

Ces dernières années, les tests psychologiques ont envahi les réseaux sociaux et popularisé un nouveau lexique sur la santé mentale. Derrière cette mode, une vraie libération de la parole, mais aussi des raccourcis dangereux, de fausses certitudes et des données personnelles livrées sans y penser. Un phénomène qui en dit long sur notre rapport collectif à la santé mentale.

Léa a trente-trois ans. Comme souvent le soir après dîner, elle scrolle sur les réseaux sociaux. Une vidéo attire son attention : « Quel est ton style d'attachement ? » Elle clique sur le lien en description qui la redirige vers un test en ligne. Vingt questions, cinq minutes plus tard, le verdict tombe : anxieux. Elle lit attentivement la description. Les personnes qui présentent un attachement anxieux ont généralement grandi dans un environnement imprévisible. Elles doutent en permanence d'elles-mêmes dans leurs relations romantiques, elles cherchent sans cesse la validation de l'autre et ont une peur viscérale d'être abandonnées. Alors elles s'accrochent, elles analysent chaque message reçu, chaque silence qui dure un peu trop longtemps. Léa à l’impression d’avoir compris une nouvelle part d'elle-même, chaque mot fait sens. Un peu plus tard, dans sa biographie Instagram, entre son prénom et son signe astrologique, elle ajoute la mention « Anxious attachment » comme si ce mot faisait désormais partie de son identité profonde.

Lever le tabou sur la santé mentale

La trentenaire n'est pas seule à avoir succombé aux tests psychologiques en ligne. Depuis quelques années, des millions de personnes font la même chose chaque jour, via des liens diffusés massivement sur TikTok, Instagram et YouTube. Love language, type de trauma, profil de personnalité, hypersensibilité, trouble de l'attention : certains cumulent des dizaines de millions de vues et font apparaître dans le langage commun des mots qui, il y a quelques années encore, ne sortaient pas des cabinets des professionnels de la santé mentale. « Cette mode montre que presque tout le monde s'intéresse à la santé mentale, notamment les jeunes générations. En soi, c'est une très bonne chose », observe Antoine Pelissolo, chef de service dans le pôle de psychiatrie du CHU Henri Mondor à Créteil. Pour lui, certains tests peuvent aider à lever un tabou qui persiste, à prendre conscience qu'il est peut-être nécessaire de passer l’étape de la consultation. « Pour certains, ça peut être le début de la reconnaissance des difficultés et le point de départ d’une prise en charge thérapeutique.»

Pour comprendre le phénomène, il faut d'abord comprendre pourquoi ces tests séduisent autant. Contrairement aux questionnaires de magazines féminins qu'on faisait adolescente entre copines sur la plage, sans les prendre trop au sérieux, ils s'intéressent à des questions universelles : la difficulté à trouver sa place dans une relation ou dans la société, l'impression d'être incompris, le sentiment diffus d'être un peu différent des autres. « Ce qu'on voit ces dernières années, c'est la mise en avant de la neurodiversité, cette tendance à valoriser les profils atypiques pour expliquer ou justifier des comportements, des marginalités. Ça n'a rien à voir avec des tests du genre quel personnage des Simpson êtes-vous, mais le principe de vouloir appartenir à une case reste le même », explique Vanessa Lalo, psychologue spécialisée dans les pratiques numériques. Il y a aussi une raison plus simple : les vrais bilans psychologiques coûtent cher et ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale, sauf dans des cas particuliers. « Sans oublier la flemme. Quand on fait ce genre de tests, c'est plus confortable que de devoir sortir de chez soi. C'est un peu comme les personnes qui cherchent à résoudre tous leurs problèmes en discutant avec ChatGPT. C’est simple et plus facile », ajoute-t-elle.

Des tests parfois aussi précis que l’horoscope

Le problème, comme souvent, c'est de savoir quels tests on fait et surtout ce qu'on fait du résultat. Il y a des tests vérifiés scientifiquement, qui peuvent donner des indications intéressantes, et d'autres qui reposent sur des lieux communs. Pour les distinguer, quelques repères : un test sérieux cite généralement ses sources, mentionne des chercheurs ou des études sur lesquels il s'appuie, et précise clairement qu'il ne remplace pas une consultation professionnelle. Par exemple, on ne peut pas mettre sur le même plan les travaux de Bowlby et Ainsworth sur l'attachement relationnel, validés par des décennies de recherche, et un quiz sur un site de relaxation dont on ignore les auteurs. Car beaucoup de ces tests qu'on réalise en quelques minutes fonctionnent en réalité comme l'horoscope. « Les descriptions sont suffisamment générales pour que chacun puisse s'y reconnaître », pose Vanessa Lalo. Et c’est vrai, entre nous, qui n'a jamais eu peur d'être abandonné, qui n'a jamais cherché une réponse à un silence inexpliqué ? Le vocabulaire clinique a beau donner une apparence de rigueur scientifique, ça ne remplace pas un vrai bilan psychologique.

Que faire du résultat ?

Reste aussi la question de l'après. Une fois le résultat tombé, qu'est-ce qu'on en fait vraiment ? « Ce n'est pas la même chose de faire un test pour apprendre à se connaître un peu mieux, développer de bons réflexes, prendre soin de sa santé mentale, se sentir appartenir à une communauté plus large, créer une base de discussion pour un vrai suivi thérapeutique, expliquer certaines choses à ses proches, ou encore chercher à être une meilleure personne », énumère Vanessa Lalo. Autrement dit, l'intention derrière le test change tout. Mais dans tous les cas, un résultat seul ne suffit pas. Sans entretien clinique, sans ce que les professionnels appellent une anamnèse, c'est-à-dire ce récit de vie détaillé que le thérapeute reconstitue avec son patient au fil des séances, pour comprendre d'où viennent les difficultés et comment elles se sont construites, un diagnostic en ligne reste incomplet. Et même avec l'appui de l'intelligence artificielle pour analyser les résultats, on peut vite tourner en rond.

Il faut aussi faire attention à ne pas chercher autre chose que ce que ces tests peuvent offrir. « Aujourd'hui, on est assez loin de la mode de la psychanalyse qui prenait le temps d'apprendre à se connaître. On est dans des problématiques néo-libérales de performance et d'impatience : il faut que la prise en charge soit rapide, efficace, pas trop contraignante. On a besoin de réponses claires, nettes, précises, sans nuance. Un cadre rigide, là où nos mécanismes intérieurs ont besoin de souplesse. Je pense que c'est un piège de s’enfermer dans un diagnostic obtenu en cinq minutes et d’attendre des résultats immédiats dans la prise en charge thérapeutique parce quand elle est nécessaire, elle prend du temps », prévient Vanessa Lalo. D'autant plus, et elle insiste sur ce point, que cette même société de performance qui exige tout tout de suite est aussi celle qui produit de plus en plus de burn-out, d'anxiété et de mal-être. C’est un peu le serpent qui se mord la queue.

Un résultat ne fait pas un diagnostic

Mais il ne faut pas non plus être trop contre ces tests. Elle observe d'ailleurs un phénomène nouveau dans son cabinet. Des jeunes patients, entre 20 et 25 ans, débarquent avec des diagnostics construits à partir d'un test, puis de longues conversations avec ChatGPT, auquel ils ont fourni une quantité d'éléments personnels pour obtenir des pistes. D’ailleurs une vidéo Plein Espoir arrive très bientôt sur le sujet.  « Les diagnostics sont parfois hyper intéressants, mais ils ne savent pas quoi en faire et ils sont souvent incomplets », raconte-t-elle. Ce qui frappe, c'est la suite : souvent, ce sont les outils conversationnels les ont poussés à consulter. Pour beaucoup, c'est la première fois qu'ils franchissent la porte d'un professionnel. Le test, le chatbot, le diagnostic approximatif ont servi de prétexte, de point de départ.

Antoine Pelissolo nuance lui aussi. Pour lui, les tests en ligne ne comportent pas de risques graves en eux-mêmes. Le vrai danger est ailleurs : dans la simplification et les erreurs d'interprétation. « Ces questionnaires et ces échelles ont été conçus par des professionnels, dans un cadre clinique précis. Sortis de ce contexte, ils peuvent induire en erreur. Un même score peut vouloir dire des choses très différentes selon les personnes, selon leur histoire, selon le moment de leur vie. Il ne faut pas en attendre des certitudes », insiste le psychiatre. Un test peut pointer une direction. Il ne pose pas de diagnostic définitif. Et rien, dans tous les cas, ne remplace une vraie consultation.

Une souffrance psychique prise au sérieux

Alors, que dit cette mode des tests psychologiques de nous et du moment dans lequel on vit ? Peut-être d'abord que la santé mentale est devenue un sujet à travers lequel une génération entière se comprend et se raconte. L'attachement anxieux, le TDAH, l'hypersensibilité : autant de cadres pour mettre des mots sur ce qu'on ressent, se situer dans le monde, trouver une communauté. Ce n'est pas anodin. C'est le signe que la souffrance psychique est enfin prise au sérieux, que la parole s'est libérée, que la honte recule. C'est une conquête réelle.

Mais cette quête de soi a aussi ses angles morts. Elle se déploie dans un monde où tout va vite, où l'on veut des réponses simples à des questions complexes, où l'identité se construit parfois davantage pour les autres que pour soi. Et derrière tout ça, une question que Vanessa Lalo pose frontalement : à qui profitent vraiment ces tests gratuits ? « Il ne faut pas oublier que la plupart de ces tests en ligne, surtout quand ils sont faits par des entreprises, récupèrent nos données les plus personnelles. Ils ne sont pas là pour nous rendre service, mais pour alimenter des entreprises tierces, voire servir à des fins de ciblage, y compris électoral », avertit Vanessa Lalo. En quelques clics, on livre ses peurs, ses traumatismes, ses schémas relationnels. Mais à qui, et surtout, pour en faire quoi ?

Comme nous l’avons vu et c'est précisément ce qui nous intéresse chez Plein Espoir, ces tests ne valent pas un diagnostic. Ils ne remplacent pas un accompagnement thérapeutique. Mais ce qu'ils révèlent nous dit quelque chose de réel : une génération entière qui cherche à mettre des mots sur ses difficultés, qui n’a pas peur d’afficher ses différences. C'est une conquête, et nous aurions tort de la minimiser. Dans le champ de la psychiatrie, on appelle rétablissement ce processus long et non linéaire par lequel on apprend à vivre avec ses vulnérabilités plutôt que de les nier. Ces tests, avec toutes leurs limites, peuvent en être le premier pas. Pas la destination, juste la porte d'entrée vers quelque chose de plus profond. Comme souvent, ce qui importe,  c'est ce qu'on fait après : si le résultat devient une étiquette qu'on colle sur soi pour éviter d'aller plus loin, il se referme sur lui-même. Si au contraire il ouvre une curiosité, une conversation, une première consultation, alors il aura servi à quelque chose. Le chemin ne fait que commencer.

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22 mai 2026

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