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Que faire quand quelqu’un ne va pas bien ? Formation premiers secours en santé mentale

Que faire, que dire lorsqu'une personne semble en détresse psychique, sans risquer d'aggraver la situation ? Pour répondre à ces questions, j'ai suivi une formation aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM). Pendant deux jours, à travers des mises en situation, des jeux de rôle et des échanges encadrés, j'ai appris à repérer des signes de mal-être et acquis des outils concrets pour adopter une posture adaptée. Une formation aussi utile que précieuse, pour ne plus se sentir démunie dans ces situations. 

La première fois que j'ai entendu parler des Premiers secours en santé mentale, il y a deux ans, j'étais un peu sceptique. Est-ce qu'on peut vraiment apprendre les bons réflexes face à une crise psychique, comme on apprend à poser un garrot ou à masser le cœur de quelqu'un qui s'effondre dans la rue ? L'idée me semblait étrange. Et en même temps, elle m'intriguait. Immédiatement, j'ai repensé à mon adolescence. Une période où tout est trop intense. Je me suis souvenue de ma première rupture amoureuse, et de la douleur qui allait avec. Une douleur si forte qu'à ce moment-là, des idées sombres avaient traversé mon esprit. Je n'en avais parlé à personne. Autour de moi, on était tous dans le même état. C'était « normal » et ça avait fini par passer. Mais ça aurait pu être beaucoup plus grave.

Presque vingt ans plus tard, j'ai l'impression qu'on gère mieux nos émotions, qu'on souffre un peu moins. Ou peut-être qu'on s'est juste habitués à avoir mal. De mon côté, j'ai appris à vivre avec un trouble anxieux. Deux ou trois fois par an, je fais encore des attaques de panique, mais je n'ai plus besoin de m'enfermer pendant des jours pour que la vie reprenne son cours. Mes amis se connaissent mieux, eux aussi. Et puis, quand c'est trop insupportable, on n'a plus honte d'en parler. Ces dernières années, la santé mentale a pris une place considérable dans nos conversations. Les barrières ne sont pas toutes tombées, mais quelque chose a changé. On se sent moins seuls.

Apprendre les bons réflexes

Alors pourquoi se former ? Parce que le tabou reste très présent, ainsi 87% des français n'osent pas parler des problèmes de santé mentale à leur famille, parce que la vie nous réserve toujours des surprises, et pas toujours de bonnes et parce qu’ avec nos amis, nos voisins ou nos collègues, nous n'avons jamais vraiment appris à reconnaître les signes qui doivent alerter, ni ce qu'il faut faire dans ces moments-là. Savoir quoi dire, et ce qu'il vaut mieux éviter de faire, ça ne s'improvise pas. Né en Australie au début des années 2000 sous le nom de Mental Health First Aid, le dispositif est aujourd'hui déployé dans une trentaine de pays. En France, il est porté depuis 2019 par PSSM France, une association fondée par l'INFIPP, l'Unafam et Santé mentale France, et reste l'une des seules formations en santé mentale validées scientifiquement au niveau international. Plus que jamais, je pense qu'il est important de mieux connaître les boîtes à outils existantes, qui ont fait leurs preuves depuis de nombreuses années.

Pour mon premier jour de formation, on me conduit dans une salle où une dizaine de personnes sont déjà installées. Nous commençons par un petit tour de table pour expliquer pourquoi nous sommes là. Il y a trois personnes des ressources humaines d'une start-up, quatre managers d'un hôtel de luxe, une chargée de mission dans une mairie de région parisienne et une art-thérapeute. Des parcours qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, réunis dans la même pièce pour les mêmes raisons. La plupart se sont inscrits à l'initiative de leur entreprise. Les questions sont les mêmes pour tous : comment savoir quand un collègue ne va pas bien ? Comment lui parler sans le braquer ni aggraver les choses ? À ma droite, une femme raconte qu'elle s'est sentie démunie le jour où une collaboratrice s'est effondrée devant elle, sans qu'elle sache quoi faire. Autour de la table, plusieurs ont déjà connu ce genre de moment, et cette impression de ne pas être à la hauteur.

Mathilde Brzuszek, psychologue clinicienne et formatrice en premiers secours en santé mentale depuis le lancement du dispositif en France, en 2019, nous rassure d'emblée : « Je préfère vous le dire tout de suite, vous n'allez pas vous transformer en thérapeutes ou devenir des super-héros qui interviennent dans toutes les situations. » À l'issue de ces deux jours, chacun repartira avec une boîte à outils pour repérer les situations dans lesquelles il peut intervenir et savoir comment s'y prendre au mieux.

AÉRER, un plan d’action concret

Après quelques questions générales sur nos connaissances en santé mentale, une œuvre d'art est projetée sur le tableau. Elle représente une petite fille sur une barque qui rame avec un chien à son bord. On y voit tout de suite une métaphore de la vie qui nous impose des épreuves, la difficulté d'avancer à contre-courant. Aucun des participants ne prête attention à la figure du chien. « Ce chien, c'est le secouriste qui veille sur la petite fille », explique la formatrice. C'est à ce moment-là qu'elle nous rappelle qu'aujourd'hui encore, de nombreuses personnes souffrent sans demander d'aide, ou attendent longtemps avant de franchir le pas. Nous faisons un tour de table pour essayer de comprendre pourquoi. Les réponses fusent : « la stigmatisation, le manque de moyens, la mauvaise image de soi, le manque de temps ».

Les premiers secours en santé mentale reposent sur un cadre simple, pensé pour guider les secouristes et éviter d'improviser dans l'urgence. Pour le mémoriser, Mathilde Brzuszek nous explique qu’il suffit de retenir un mot, AÉRER. Chaque lettre correspond à une étape concrète :

  • Approcher la personne, évaluer et assister en cas de crise ;
  • Écouter activement et sans jugement ;
  • Réconforter et informer ;
  • Encourager à aller vers des professionnels ;
  • Renseigner sur les autres ressources disponibles.

Des cas concrets pour s’entraîner à prendre de bonnes décisions

« La première étape, nous dit-elle, est souvent la plus délicate. Approcher quelqu'un qui ne va pas bien ne s'improvise pas : il faut choisir le bon moment, trouver un endroit à l'écart et toujours veiller à respecter sa vie privée. » Une fois le contact établi, il est important d’évaluer si la personne est en situation de crise. La formatrice nous invite à nous poser quelques questions simples : risque-t-elle de se faire du mal ? Est-elle en proie à une détresse extrême, une crise de panique, un choc traumatique ou un épisode psychotique sévère ? Son comportement met-il en difficulté les personnes autour d'elle, par une forte agitation, de l'agressivité ou une perte du contact avec la réalité ?

Pour ancrer la réflexion dans le concret, on doit travailler sur un cas précis. « Myriam est une voisine que vous connaissez à peine, dont le fils est dans la même école que vos enfants. Depuis sa séparation, elle s'isole, se néglige. Son fils vous a dit qu’elle pleurait souvent le soir et que ça serait plus simple sans elle. » Une employée de l’hôtel lève la main : « Vous ne pensez pas qu'utiliser le mot suicide, ou mourir, ça peut donner de mauvaises idées ? » Contrairement à ce qu'on pourrait croire, employer les mots justes n'aggrave jamais la situation, explique la spécialiste. Si Myriam confirme qu'elle veut se suicider et qu'elle évoque un scénario de passage à l'acte, il s'agit d'un moment de détresse aiguë, où la mort est envisagée comme le moyen de faire cesser la souffrance. Dans ce cas là, il faut réagir vite : le secouriste doit appeler le 15 et rester sur place en attendant l'arrivée des secours. Le 3114, le numéro national de prévention du suicide, peut aussi être composé pour être guidé sur la conduite à tenir.

La bonne posture

Quand la situation est moins urgente, on passe à la deuxième étape du plan d'action : l'écoute active. Il ne s'agit pas de trouver les bons mots ni de chercher immédiatement une solution, simplement de proposer un espace où l'autre peut parler sans être contredit, minimisé ou jugé. Pour cela, il faut résister à l'envie de dire « ça va passer » ou « moi aussi, j'ai connu ça ». Accueillir ce qui est dit, même si on ne le comprend pas complètement.

Vient ensuite la troisième étape : réconforter. C'est la première fois de ma vie que je comprends que l’empathie ne consiste pas à se mettre à la place de l'autre, mais à comprendre ce que la personne est en train de vivre. « Si on se met à sa place, on est complètement collé à lui et on n'est plus à la bonne distance pour réagir et l'aider. Il s'agit plutôt de prendre un peu de recul. Pas trop, pour ne pas s'éloigner de la personne, mais assez pour comprendre ce qu'elle traverse », explique Mathilde Brzuszek. On peut d’ailleurs faire la différence entre la sympathie (vivre les mêmes émotions que l’autre) et l’empathie (se mettre à sa place sans pour autant porter sa propre souffrance). Le secouriste peut ensuite demander à la personne qu’elle aide si elle souhaite recevoir des informations sur les troubles psychiques, sans jamais les imposer.

La formatrice évoque une scène fréquente dans le cadre professionnel, celle du collègue qui déploie toute son énergie pour cacher qu'il ne va pas bien. « Dire à quelqu'un : "Je suis inquiet pour toi" plutôt qu’un simple “comment ça va” dont on n’écoute pas la réponse, c'est une manière d'ouvrir la conversation. Cette phrase peut faire tomber les défenses qu'il maintient depuis des jours, parfois des semaines. Elle montre aussi que vous avez remarqué que quelque chose n'allait vraiment pas. » Même si la tentative de dialogue est là, il arrive que la personne refuse la première approche. Qu’elle ne soit pas prête à parler et préfère minimiser. Dans ce cas, inutile d'insister. Mieux vaut rester présent et saisir une autre occasion, quelques jours plus tard, autour d'un café ou d'un déjeuner, dans un cadre plus intime. Parfois, savoir que quelqu'un est resté attentif suffit à rendre la parole possible.

Quand parole se libère

Pendant ces deux jours, nous apprenons successivement à identifier ce qu'est une crise suicidaire, à identifier ses signes avant-coureurs d’un mal-être naissant ou à distinguer des situations d'urgence qui, en apparence, peuvent se ressembler tout en recouvrant des réalités très différentes : crise de panique, trouble anxieux généralisé, état de stress post-traumatique, épisode psychotique, ou effets liés à la consommation de substances. Autant de tableaux cliniques dont les signes se superposent, se confondent, se masquent les uns les autres. Très vite, une évidence s'impose : rien de tout cela est simple à distinguer. 

Mathilde Brzuszek appuie toujours son propos par des supports pédagogiques : des œuvres d’art, des exercices de mise en situation, parfois des vidéos de personnes en détresse. À chaque atelier, elle précise qu’il est possible de ne pas les regarder ou de ne pas participer si l’on s’y sent trop exposé ou concerné. Puis, elle nous invite à exprimer ce qu’on en pense, ce que nous ferions dans une telle situation, ce qu’il vaut mieux éviter de dire ou de faire. Ce qui me frappe, c’est que malgré la densité des apprentissages, il n’y a jamais de réponse unique. Le droit à l’erreur fait pleinement partie du chemin du secouriste en santé mentale.

Peu à peu, j'observe aussi que la parole se libère entre les participants. Alors qu’il y a à peine deux jours, nous étions encore des inconnus les uns pour les autres, les récits deviennent plus personnels, parfois très intimes. Je découvre par exemple que je ne suis pas la seule à faire des attaques de panique. Ma voisine de gauche, qui travaille à la mairie, évoque des épisodes similaires. Un autre participant, nous raconte qu'il n'a pas pris l'avion depuis des années, à cause d’une phobie devenue handicapante. Ce qui se dessine alors, c'est une réalité partagée, faite de fragilités multiples, souvent invisibles, mais bien présentes dans les vies professionnelles et personnelles de chacun. Alors que nous sommes venus pour apprendre à aider les autres, nous réalisons aussi que cette formation touche à nos propres histoires. Elle crée un espace où l'on peut à la fois comprendre, apprendre et se reconnaître.

Ne pas oublier de prendre soin de soi

En rangeant mes affaires, je réalise que je connais désormais le prénom de tout le monde, leurs craintes, les moments difficiles qu'ils ont traversés. Est-ce que je repars avec toutes les réponses que j'attendais ? Pas vraiment. Et en même temps, c’est tout à fait normal. La santé mentale est un champ complexe et mouvant, où les situations ne se laissent pas enfermer dans des grilles toutes faites. Il n’y a pas de mode d’emploi simple, ni une seule façon de vivre une crise ou un trouble : chacun a son histoire, son contexte, sa singularité. Il n’existe pas de certitude absolue sur la bonne manière de réagir.

Mais à côté de cela, je sens que quelque chose a changé en moi. J’ai l’impression de mieux savoir ce que je peux faire ou ne pas faire. Je ressens moins la peur de mal m’y prendre, de dire quelque chose de maladroit ou de rester démunie face à une situation difficile. Si demain j’étais confrontée à une personne en crise, je crois que je n’aurais plus cette impression de vide ou de panique. J’aurais des repères, des points d’appui, des gestes simples, et surtout l’idée que je peux être présente pour l’autre sans être parfaite. Et cela, en soi, change profondément ma manière d’envisager la suite.

Pour finir, la formatrice nous a transmis une dernière idée qui me tient particulièrement à cœur : un bon secouriste en santé mentale n’est pas seulement quelqu’un qui agit pour les autres, c’est aussi quelqu’un qui est capable de prendre soin de lui. Qui s’écoute, qui reconnaît ses propres limites, qui accepte de dire qu’il ou elle n’est pas en capacité d’intervenir à un moment donné et qui est capable de passer le relais. Savoir demander de l’aide ou accepter de ne pas être la bonne personne au bon moment fait pleinement partie de cette démarche. Peut-être même que c’est là que commence le cœur du secours, dans cette attention à soi qui rend possible une attention juste aux autres.

Demain, je ne sauverai peut-être pas des vies, mais j’ai envie de porter un peu plus d’attention à ma santé mentale et à celles des autres, d’être davantage dans l’écoute, le non-jugement et l’accueil de la parole. En tant que désormais officiellement reconnue comme Secouriste en Santé Mentale. C’est déjà beaucoup et je le recommande à tout le monde. 

Si vous avez envie de vous former aux Premiers Secours en Santé Mentale, ou simplement en savoir plus n’hésitez pas à faire un tour sur le site de Santé mentale France : https://santementalefrance.fr/cat_formations/fondamentaux-en-sante-mentale/

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08 juillet 2026

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