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Ces questions qu’on aimerait poser à notre psy (et leurs réponses)

« Est-ce que mon psy pense à moi entre deux séances ? », « Est-ce qu'il voit quand je mens ? », « Est-ce qu'il existe une recette miracle pour aller mieux ? »...

Quand on commence une thérapie, ou même quand on hésite encore à franchir la porte d'un cabinet, on peut avoir pas mal de craintes, d’a priori, de questions…. Certaines sont très concrètes, d'autres touchent à des idées reçues sur les psychologues, les psychiatres ou les thérapeutes.

On vous a demandé quelles questions vous auriez aimé poser à un psy et on les a posées pour vous à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne. Elle répond sans détour à toutes nos interrogations, lève le voile sur les coulisses de son métier et partage sa vision d'une profession qui se construit avant tout dans la confiance, et l'écoute.

Et si, après cette lecture, une question vous trotte encore dans la tête, n’hésitez pas à continuer à nous écrire à contact@pleinespoir.co.

« Est-ce que les psys ont eux-mêmes besoin d'un psy ? »

C'est probablement l'une des questions les plus fréquentes. Et la réponse est oui… mais pas forcément comme on l'imagine. « On peut être en supervision, c'est-à-dire échanger avec un autre psychologue sur sa pratique, les difficultés que l'on rencontre avec certains patients ou sur sa façon d'accompagner. On peut aussi aller voir un psychologue pour soi, parce qu'on traverse un moment difficile ou qu'on ressent le besoin d'être soutenu. Mais il n'y a aucune obligation. »

Pour Johanna Rozenblum, il y a malgré tout une bonne raison de faire ce travail sur soi lorsqu'on accompagne les autres. « Quand on s'apprête à devenir professionnel de santé mentale, c'est bien d'être au clair avec ses propres problématiques. L'idée, c'est de ne pas, sans s'en rendre compte, transférer ses difficultés à ses patients. »

Elle nuance aussi une idée souvent véhiculée : non, il n'existe pas une chaîne infinie de psychologues qui voient chacun leur propre psychologue. « Cette idée vient surtout de la psychanalyse, où l'analyse personnelle fait partie du parcours. Pour les psychologues, ce n'est pas une obligation. Comme tout le monde, ils peuvent consulter lorsqu'ils en ressentent le besoin. »

« Est-ce que vous continuez à vous former ? »

Comme de nombreuses professions de santé, la psychologie évolue constamment. La réponse est donc sans hésiter : oui. « C'est vraiment une discipline où on n'arrête pas d'apprendre. Tous les jours. Les neurosciences avancent, les connaissances évoluent, les études nous permettent de mieux comprendre certains troubles ou de savoir quelles approches sont les plus efficaces. »  Mais les patients eux-mêmes sont aussi une source d'apprentissage. « Ils nous apportent parfois des problématiques avec lesquelles on est moins à l'aise, ou qui nous donnent envie d'aller plus loin. Ça nous pousse à lire des études, des méta-analyses, à continuer de nous spécialiser. »

Cela ne signifie pas pour autant qu'un psychologue doit tout savoir. « Si une personne vient avec une problématique qui n'est pas ma spécialité, je ne vais pas me former sur elle. Je dois être capable de lui dire que je ne suis peut-être pas la personne la plus qualifiée pour l'accompagner et l'orienter vers un confrère. » Cette remise en question permanente fait partie du métier. « Il faut rester extrêmement humble face à une personne qui souffre. »

« Comment choisir un psy quand il existe autant d'approches ? »

Les approches thérapeutiques, elles aussi, sont multiples. Certaines sont davantage centrées sur les neurosciences et les thérapies cognitivo-comportementales, d'autres sur la psychologie du développement, la psychologie systémique ou encore la psychanalyse. « Il faut déjà distinguer un psychiatre, qui est un médecin et peut prescrire des médicaments, d'un psychologue. Ensuite, si l'on choisit un psychologue, c'est important de vérifier qu'il possède un diplôme reconnu par l'État et un numéro Adeli, qui atteste qu'il est professionnel de santé. Chaque psychologue a été formé dans une approche. L'important est de choisir un praticien qui correspond à votre besoin… puis de tester ce qui est bon pour vous. »

Et si l'accompagnement ne semble pas adapté, il ne faut pas hésiter à en parler. Les psychologues travaillent souvent en réseau avec d'autres professionnels et peuvent orienter leurs patients vers un confrère, un psychiatre ou une autre approche si cela paraît plus pertinent. « Il y a souvent un travail pluridisciplinaire. L'idée, c'est de trouver l'accompagnement qui vous correspond le mieux. »

La réalité est qu'il n'existe pas une méthode qui fonctionnerait pour tout le monde. La qualité de la relation thérapeutique, le sentiment d'être compris et la confiance jouent souvent un rôle aussi important que l'approche elle-même. Parfois, il faut rencontrer plusieurs professionnels avant de trouver celui avec lequel on se sent réellement à l'aise.

« Est-ce que l’amitié patient-psy peut exister ? »

Pour Johanna Rozenblum, le lien qui unit un psychologue à son patient est particulier. Il est basé sur la confiance, mais il reste un lien thérapeutique. « C'est ce qu'on appelle une alliance thérapeutique. Il peut y avoir de l'affection, bien sûr, mais ce n'est jamais une amitié. »

Certains patients peuvent d'ailleurs être tentés de franchir cette frontière, en proposant par exemple d'aller boire un verre ou en imaginant une relation plus personnelle. Pour la psychologue, maintenir ce cadre est essentiel. « Je pense que certains patients testent un peu les limites. Mais c'est très sécurisant pour eux de savoir qu’un cadre existe. Le psy n'est pas notre ami : on peut être en colère, triste, dire des choses difficiles… mais contrairement à un proche, il ne va pas nous quitter ou nous en vouloir pour cela. »

Mais est-ce qu’il arrive pour autant de penser aux patients entre deux séances ? Une fois la journée terminée, Johanna Rozenblum essaie aussi de préserver cet équilibre. « Une fois que j'ai terminé de travailler, j'arrive à fermer la porte. C'est hyper important. Sinon, émotionnellement, on s'épuise. » Bien sûr, certaines situations exceptionnelles peuvent continuer à l'habiter, notamment lorsqu'un patient traverse une urgence ou une hospitalisation. Mais, au quotidien, apprendre à cloisonner fait aussi partie du métier : une façon de prendre soin de soi pour continuer à prendre soin des autres.

« Est-ce que vous voyez quand un patient ment ? »

Il arrive à un psychologue de repérer des incohérences ou de sentir qu'un récit se construit au fil de la séance. Mais ce n'est pas l'essentiel. « On peut percevoir un mensonge, mais on ne s'arrête pas à ça. Ce mensonge dit quelque chose de la personne, de sa peur d'être jugée, de sa difficulté à raconter son histoire ou de son rapport à la réalité. » Le rôle du psychologue n'est donc pas de déterminer si son patient dit la vérité ou non. « Nous, on n'est pas la justice. »

Derrière une même situation, deux personnes peuvent vivre des réalités très différentes. On vient parfois simplement déposer sa colère ou son sentiment d'injustice. Parfois, on se sent prêt à s'interroger sur notre propre fonctionnement et à comprendre ce qui se joue dans nos relations. « La thérapie, c'est une remise en question. C'est essayer de voir les choses différemment. » Le travail du psychologue consiste alors à accompagner le patient là où il est, sans le confronter brutalement, mais en l'aidant, lorsqu'il est prêt, à porter un autre regard sur ce qu'il vit.

« Est-ce qu'on peut aider tout le monde ? »

Johanna Rozenblum ne croit pas qu'il existe des personnes impossibles à aider. En revanche, chacun n'arrive pas au même moment de son parcours, ni avec la même disponibilité pour entamer un travail sur soi. « « Franchir la porte d'un cabinet, c'est déjà tendre la main. Prendre ce premier rendez-vous est souvent une première demande d'aide. »

On peut arriver en consultation en étant sur la défensive, inquiet ou en ayant peur de ce que l’on pourrait découvrir sur nous-mêmes. Et pour la psychologue, il est essentiel de respecter ce rythme et cette temporalité.

Il arrive aussi qu'une thérapie n'avance plus ou que le courant ne passe pas. Dans ce cas, le psychologue a tout intérêt à reconnaître ses limites plutôt qu'à s'obstiner. « Quand on se retrouve dans une situation d'impasse, je me remets beaucoup en question. Je réfléchis à ce que je n'ai peut-être pas compris ou perçu. Et si on patine, il ne faut pas faire perdre de temps au patient. Il vaut mieux en parler et parfois l'orienter vers un collègue qui aura une approche plus adaptée. » Accompagner quelqu'un, ce n'est donc pas vouloir être le bon thérapeute pour tout le monde. C'est chercher, avec chaque personne, la porte d'entrée qui lui permettra d'avancer.

« Est-ce que tout vient de mon enfance ? »

L'enfance, les relations familiales et l'éducation ont forcément une influence sur notre développement. Mais, il serait réducteur de penser que toutes nos difficultés psychiques s'expliquent uniquement par l’enfance. La psychologue rappelle que certaines théories popularisées au fil du temps ne reflètent plus l'état actuel des connaissances.

Spécialisée en psychotraumatologie, elle accompagne notamment des personnes victimes de violences, d'agressions sexuelles ou d'attentats. Pour elles, les difficultés psychiques sont directement liées à des événements de vie identifiables. « Là, on n'est pas du tout dans des thématiques freudiennes. Il y a des événements très clairs à identifier. » Aujourd'hui, la psychologie s'appuie sur de multiples approches des neurosciences aux thérapies cognitives et comportementales, en passant par les connaissances sur le psychotraumatisme pour comprendre la complexité de chaque parcours.

« Comment faire le tri avec les « mots psy » qu'on entend partout ? »

Hypersensibilité, TDAH, pervers narcissique… Les réseaux sociaux et les médias ont largement popularisé certains termes de psychologie, ou certains termes qui y font soit-disant référence. Pour Johanna Rozenblum, il ne faut pas avoir peur d'arriver en consultation avec ces mots-là. « Les patients viennent avec les mots qui sont les leurs. Avec ce qu'ils ont entendu, lu ou compris. Ce n'est pas grave. Notre rôle est ensuite de remettre les choses en perspective. »

L'objectif n'est pas de valider ou d'invalider d'emblée une étiquette, mais de comprendre ce qui se cache derrière. « Soit on conforte le patient dans son hypothèse et on va un peu plus loin. Soit on mène une réflexion avec lui pour lui montrer que la situation est peut-être plus complexe qu'il ne le pense. »

Elle prend l'exemple du terme « pervers narcissique », très utilisé aujourd'hui. « Ce n'est pas un terme qui existe dans le DSM, le manuel des diagnostics. En revanche, il existe des personnalités narcissiques, des mécanismes de manipulation… L'idée, ce n'est pas de s'arrêter à une étiquette, mais de comprendre les dynamiques qui se jouent entre les personnes. » Les mots peuvent aider à mettre des mots sur une souffrance. Mais, pour Johanna Rozenblum, ils ne remplacent jamais une évaluation clinique et un accompagnement personnalisé.

« Est-ce que tout le monde devrait faire une thérapie ? »

« Je trouve que c'est le plus beau cadeau qu'on puisse s'offrir. » Pour elle, la thérapie n'est pas réservée aux périodes de crise ou aux troubles psychiques. C'est aussi un espace où l'on peut apprendre à mieux se connaître, comprendre son fonctionnement et prendre du recul sur ce que l'on traverse.

« Pouvoir s'offrir, même une fois par mois, une heure dans un espace bienveillant où l'on peut ne parler que de soi, où l'on n'est pas jugé, où l'on peut déposer ses émotions... je trouve ça formidable. » Elle rappelle aussi que les grands bouleversements de la vie ne sont pas toujours des épreuves douloureuses. Une naissance, un changement de travail ou une nouvelle étape peuvent aussi venir bousculer nos repères.

« Une thérapie a-t-elle forcément une fin ? »

L'image d'une thérapie qui commence, répare une personne puis s'arrête définitivement est, selon Johanna Rozenblum, un peu trompeuse. « On a souvent l'idée qu'on fait une thérapie, avec un début et une fin, et qu'ensuite on est un peu "rebooté". Moi, je ne trouve pas que ça fonctionne comme ça. »

Lorsqu'un travail thérapeutique touche à sa fin, il ne s'agit pas d'une décision prise unilatéralement par le psychologue ou le patient. « On en parle ensemble. On regarde le chemin parcouru, ce qui a changé, ce qu'il reste éventuellement à travailler. Il n'y a pas d'effet d'annonce où je dis : C'est terminé. »

Et si la vie apporte de nouveaux bouleversements, la porte reste ouverte. « Je dis toujours à mes patients : maintenant, vous savez où je suis. Si vous voulez revenir dans deux mois, dans deux ans ou dans dix ans, c'est OK. La vie, c'est des surprises, des moments où l'on va moins bien, avec ou sans raison. »

Revenir consulter après plusieurs années n'est donc pas un retour à la case départ. C'est simplement une nouvelle étape de vie qui peut nécessiter, à nouveau, un espace pour être écouté et accompagné.

Derrière toutes ces questions se cache souvent la même préoccupation : « Est-ce que je peux vraiment être aidé ? » La réponse n'est jamais simple ni instantanée. Mais les professionnels de la santé mentale, les proches, les associations et les pairs aidants partagent un même objectif. Celui de permettre à chacun de trouver son propre chemin vers le rétablissement. Et le premier pas consiste parfois à simplement oser poser une question. Plein Espoir, à son échelle, participe à ce grand mouvement et vous permet de découvrir plein de chemins de rétablissement possibles !

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03 juillet 2026

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