Des mots pour toutes et tous : comment on parle de santé mentale chez Plein Espoir
Des phrases courtes, des pronoms bien choisis, des mots expliqués. Chez Plein Espoir, on se pose beaucoup de questions sur la façon de parler de santé mentale. Notre envie : que chacun puisse nous lire, se sentir compris et jamais jugé. On vous raconte comment on s’y prend.
Comment parler de santé mentale en étant le plus inclusif possible ? Comment rendre un sujet délicat, accessible et compréhensible ? Depuis sa création, Plein Espoir repose sur une promesse : un média fait par et pour les personnes concernées par des troubles psychiques et leurs proches, entièrement consacré au rétablissement en santé mentale. Parmi celles et ceux qui nous lisent, certains ignorent encore ce qui leur arrive et cherchent des mots pour le nommer. D’autres font leurs premiers pas dans leur parcours de rétablissement, à un moment où lire trois paragraphes peut déjà être difficile. Pour une communauté comme la nôtre, un mot technique que personne n’explique ou une phrase trop compliquée suffit à exclure.
Cette envie de parler à tous ne se joue pas seulement dans le choix des sujets. Elle tient aussi à la façon dont nous écrivons nos articles : les pronoms qu’on emploie, ce qu’on emprunte à la méthode FALC, pour Facile à lire et à comprendre, et pourquoi on ne l’applique pas à la lettre. Notre travail pour chercher les mots les plus justes évolue avec le temps, les rencontres et les retours de chacun.
Je, nous, on : la grammaire de l’égalité
Celles et ceux qui connaissent Plein Espoir le savent : on n’est pas tout à fait un média comme les autres. On appartient à la même communauté, celle des personnes concernées et de leurs proches, au sens large, qui rassemble aussi des aidants, des psys, des accompagnants, des bénévoles d’associations, des étudiants et celles et ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux.
Dans les médias traditionnels, c’est une règle du métier : les journalistes s’effacent derrière leur sujet et ne parlent jamais d’eux. Dans notre rédaction, c’est tout le contraire, et c’est un parti pris assumé : on parle de nos ressentis, on dit pourquoi un sujet nous parle plus qu’un autre, et on partage les idées reçues qu’on pouvait avoir avant de rencontrer les personnes. Pourquoi ? Parce qu’en montrant nos propres doutes et notre humanité, on rappelle que nous sommes tous au même niveau. Nos voix ne pèsent pas plus lourd que celles des personnes que nous interrogeons, chacune n’est qu’une voix parmi des centaines de millions d’autres. On pense qu’elles parlent peut-être simplement plus facilement à celles et ceux qui vivent, ont vécu, ou vivront des problèmes de santé mentale.
Cette horizontalité passe par des choix de pronoms précis. Le « je » est privilégié quand une personne raconte ses ressentis, son expérience, son quotidien, elle parle en son nom, et on garde sa voix telle qu’elle est pour en préserver l’authenticité. Il appartient aussi au journaliste, quand un témoignage résonne avec son propre chemin. Le « nous » porte la voix collective, celle de la rédaction et, plus largement, de la communauté des personnes concernées. Le « on » appartient à tout le monde. C’est le pronom de la conversation, celui qui efface la frontière entre la personne qui écrit et celle qui lit pour nous mettre au même niveau.
C’est aussi pour ça qu’on évite le « vous » ou le « tu ». Un article de Plein Espoir partage une expérience ou une information. Il ne dit pas ce qu’il faut faire, il raconte un vécu parmi les millions de vécus des troubles psychiques. Ce choix évite un piège fréquent dans l’information santé : celui du médecin qui s’adresse à son patient ou, plus largement, du sachant à celui qui ne sait pas.
Prenons deux phrases. « Quand on vit avec un trouble psychique, on peut ressentir… » et « Les personnes vivant avec des troubles psychiques éprouvent… ». Elles se ressemblent et pourtant elles ne disent pas la même chose : la première parle depuis l’intérieur, la seconde depuis l’extérieur, comme s’il y avait une mise à distance. Le choix du pronom devient un choix contre la stigmatisation : on ne parle pas de personnes qui appartiennent à un groupe, on parle de nous.
Parler sans stigmatiser
Le choix du vocabulaire est tout aussi important. Chez Plein Espoir, c’est la personne qui décide. Si elle souhaite nommer son trouble, on le nomme. Si elle préfère le taire, si elle n’a pas de diagnostic ou si elle refuse l’idée même d’en avoir un, on respecte ce choix et on raconte son vécu sans étiquette. Un diagnostic, c’est un moment dans un parcours, ce n’est pas une identité, et personne ne doit se la voir imposer par un article. Ce que nous refusons, ce sont les termes psychiatriques employés comme insultes ou comme images. « Mon chef est un psychopathe », « elle est TOC TOC » : ces expressions banalisent des troubles bien réels et blessent celles et ceux qui les vivent. Et nous parlons de rétablissement plutôt que de guérison, parce que se rétablir ne signifie pas toujours voir disparaître les symptômes.
Choisir ses mots, c’est aussi choisir un ton. Dans nos articles, on veut un ton humain, accessible et spontané, inspiré du journalisme positif, qui cherche des solutions plutôt que de s’arrêter aux problèmes. Humain, parce qu’on raconte des histoires avant d’expliquer des idées. Une information médicale prend tout son sens quand on voit ce qu’une personne en a fait dans sa vie. Un témoignage est souvent plus utile qu’un long texte d’expert.
Raconter une histoire, ce n’est pas l’embellir. On reste positifs, sans cacher ce qui est difficile. Le rétablissement a ses hauts,ses bas, ses à-côtés, et on parle de l’ensemble. On montre aussi ce qui aide et ce qui devient possible. Et on garde un ton spontané : en nous lisant, on doit avoir l’impression qu’une personne nous parle, pas une institution.
Simplifier sans appauvrir
Reste une question : comment être compris par tout le monde ? On tente d’expliquer au mieux les mots difficiles. On choisit des mots simples, sans simplifier les idées. Pour ça, on s’inspire du FALC, pour Facile À Lire et à Comprendre. C’est une méthode qui aide à écrire clairement. Elle a été pensée pour les personnes en situation de handicap intellectuel. Elle aide aussi les personnes dyslexiques, âgées ou qui parlent mal le français. L’association Inclusion Europe l’a créée en 2009, avec des associations et des personnes en situation de handicap intellectuel de huit pays. Ses règles sont simples : une idée par phrase, douze mots au plus, des mots de tous les jours, une explication pour chaque mot difficile, des images pour aider.
D’autres associations utilisent déjà le FALC pour parler de santé mentale. En juin 2026, l’association Coactis Santé a publié deux livrets Santé BD en FALC : « La santé mentale, c’est quoi ? » et « Je peux me faire aider ». L’association Facettes l’utilise aussi dans ses publications. La Fondation des Amis de l’Atelier apprend le FALC à des personnes qui travaillent dans ses ESAT, des lieux où des personnes en situation de handicap ont un emploi adapté.
Pourtant, nous ne l’appliquons pas à la lettre, et la raison tient à la place que nous donnons à nos témoins. Un récit de rétablissement n’est pas linéaire : il a son rythme, ses détours, ses hésitations. Couper ces récits en phrases de douze mots, ce serait parler à la place des personnes. Et ça, on ne veut pas le faire.
Ce qu’on retient
Aujourd’hui, notre façon d’écrire n’est pas encore parfaite. Mais chaque article nous apprend quelque chose. Parfois, c’est trop long. Parfois, un mot difficile nous échappe. Alors on essaie, on corrige, on recommence. Écrire simple, ce n’est pas penser simple. C’est vouloir que chacun puisse lire jusqu’au bout. Quels mots nous aident à expliquer ce qu’on vit ? Et dans nos articles, qu’est-ce qu’on doit encore changer ? On peut en parler ensemble, chacun doit se sentir libre de nous écrire.
Pour aller plus loin :
SantéBD : une collection gratuite de livrets illustrés, écrits en FALC, qui expliquent plus de 50 sujets de santé, des consultations à la prévention. Deux d’entre eux parlent de santé mentale : « La santé mentale, c’est quoi ? » et « Je peux me faire aider ».
Le ministère de la Culture : une page simple pour comprendre le FALC, avec la liste des pages du site déjà traduites. Chacun peut écrire au ministère pour proposer une page à traduire en priorité.
Les pictogrammes FALC du Service d’information du gouvernement : une banque gratuite de 400 pictogrammes classés en 24 catégories, pour accompagner un texte d’images faciles à comprendre.
Facettes : l’association organise chaque année un festival gratuit sur la santé mentale des 15 à 30 ans, pensé avec et pour les jeunes. L’Organisation mondiale de la santé le reconnaît comme un dispositif efficace pour lutter contre la stigmatisation.





